A) Si l’humain incontinent n’est qu’un modèle, non pas l’humain en personne, et que nous pensons que ce modèle humain est l’humain en personne, alors nous sommes l’objet d’une illusion.
Il faut alors pouvoir expliquer cette illusion. Expliquer la nature de cette illusion n’est pas chose aisée. Cela consiste à expliquer, comment on en vient à penser que l’humain incontinent ou continent, que continence et humanité, ou plutôt humanéïté se co-appartiennent. Lorsqu’ils sont conçus comme se co-appartenant, l’humain et sa continence ou son incontinence, forment une unité synthétique. Ils sont unis dans une synthèse, les deux termes font synthèses, ou sont supposés faire synthèse. Bref, ils forment une dyade. L’illusion consiste à penser que cette dyade est constitutive de l’humanéïté. L’identité de l’humain est conçue alors comme un mélange où la continence ou l’incontinence déterminent l’homme, et où l’homme détermine sa continence ou son incontinence, alternativement, de manière bi-latérale. Il y a un cercle, une double détermination où l’un des termes affecte l’autre et l’autre affecte l’un. Cette illusion consiste à penser que l’homme fait cercle avec la continence ou l’incontinence. Qu’il a un rapport à soi médié par cette continence. Elle consiste à penser que l’homme entre dans un rapport avec la continence, et que le rapport détermine son identité. L’illusion peut être levée lorsqu’on cesse de croire l’homme en son identité en tant qu’être incontinent ou continent. Quant on pense l’identité humaine telle qu’indifférente à l’incontinence ou à la continence. Mais notre problème se déplace puisqu’il s’agit alors de se demander ce qu’il s’agit de penser d’une incontinence ou d’une continence telle qu’elle ne viendrait pas se mêler ou affecter le vécu-radical d’humain.
Il y a bien quelque chose de l’ordre de l’incontinence, ou d’une faiblesse de la volonté.
Nous pouvons penser l’humain suivant une autre modalité, et qui consiste à le penser comme Identité, rien qu’Identité, telle que cette identité ne se mélange pas ou ne fait pas dyade avec incontinence ou continence. Une autre manière de le penser consiste à l’associer avec une incontinence. Suivant la première modalité, pour laquelle nous avons opté, se présente le défi de repenser l’incontinence un peu autrement que ne le fait la seconde modalité. En toute logique, nous ne pouvons plus penser l’identité humaine comme un mixte, mais telle qu’identité. Alors, l’incontinence, ne peut être considérée que comme ne l’affectant pas. Nous n’avons pas encore évoqué le cas de la pensée dans une telle configuration. La pensée pas plus que l’incontinence, pour l’Identité, sont indifférente. Pourtant la pensée est réelle en dernière instance, ou identique en dernière instance au Réel. Il faudrait que la pensée, dès lors, puisse se laisser déterminer en dernière instance par l’identité sans plus concevoir une possibilité de celle-ci de faire retour sur cette identité.
C. Reprise théorique du problème : L’incontinence chez Davidson.
« Je voudrais suggérer qu’il y a un principe analogue que devra accepter l’homme rationnel en appliquant le raisonnement pratique : accomplissez l’action jugée la meilleure sur la base de toutes les raisons pertinentes disponibles ».
Davidson semble proposer une réflexion précédant une action, pour que la pensée puisse s’accorder avec l’action, ou inversement, pour que l’action puisse s’accorder avec la pensée. Une action est conçue comme accomplie sur la base de diverses raisons. Le processus de pensée qu’il s’agit de mettre en œuvre pour Davidson, consiste à prolonger la délibération rationnelle en vue d’accomplir des actes continents, où la volonté ne porte plus la marque de la faiblesse. En somme, il s’agit de renforcer la volonté par une méditation sur les raisons de choisir une action plutôt qu’une autre. Il s’agit d’accomplir un processus pleinement rationnel sur la base d’une réflexion complète. Ce qu’énonce la volonté, il faut le retrouver dans l’action, dans la conformité de celle-ci à cette volonté. Cette volonté dit « je veux » et l’action doit être conforme à ce « je veux ». Il s’agit de constater que « je fais vraiment ce que je veux ». Dit autrement : « je ne fais pas ce que je ne veux pas ». L’incontinent pourrait bien dire « il m’arrive de faire ce que je ne veux pas ». Autrement dit, l’incontinent pour Davidson est quelque peu irrationnel. IL y a de quoi être interpellé par cette structure irrationnelle de la pensée. La volonté n’y a plus la puissance que l’on trouve dans la structure rationnelle. L’akratès ou l’incontinent juge et fait autrement. La raison qu’invoque Davidson pour un tel comportement paradoxe, vient du fait que l’incontinent n’examine pas suffisamment les raisons qui le poussent à accomplir une action, les raisons qui le poussent à choisir une autre action, d’où l’échec ensuite de l’action, choisie mais non satisfaisante. Pour être rationnel, un exercice semble de rigueur, un exercice du jugement pour qu’il devienne opérant dans l’action.
Or nous rencontrons peut-être ici un cercle, impliquant l’humain lui-même. Ce cercle dans lequel, dans ce cas de pensée, il est impliqué est le suivant : il pense à son action future, il accomplit cette action ensuite, il repense à son action, et est affecté par elle, d’une certaine manière. Plus exactement, il a l’idée d’une action à accomplir, et il dispose de raisons le poussant à accomplir cette action. Il pourrait ensuite mettre à sa disposition de sa pensée des raisons le poussant à ne pas accomplir cette action, il pourrait des raisons d’accomplir une autre action que celle envisagée au départ. Parfois, il lui arrive d’accomplir une action incontinente. Sa volonté n’a pas eu la force (aux moyens de raisons supplémentaires) de lui faire accomplir une autre action que celle qu’il juge moins bonne, faute de s’être donnée les moyens de lui en fournir. Il a accompli une action incontinente et cela ne doit pas aller sans le troubler, même si ce trouble est passagé. La pensée qu’il a accomplit une action incontinente doit le troubler aussi, avec l’action incontinente elle-même. Non seulement il accomplit une action incontinente, parce qu’il a une volonté faible, mais la pensée qu’il a accomplit une action incontinent le trouble une deuxième fois, l’affecte une deuxième fois. Or, nous nous demandons ici, si l’homme en question est l’humain réel ou un modèle anthropologique, un anthropoïde comme nous avons dit plus haut, que nous avons trop tendance à prendre pour l’humain réel en une illusion qu’il s’agirait de lever, et dans laquelle, pour le coup, Davidson lui-même tombe également. Il s’agit de se demander si l’humain fait cercle avec sa pensée, s’il fait réseau avec son action, où si son identité est si seule qu’il ne connaît radicalement pas ce problème, qu’il est forclos à ce problème. Il est bien évident que dès lors nous devons raisonner suivant un mode différent que le mode de pensée habituellement usité.
Cela consisterait, un peu schématiquement, à dire que nous ne sommes pas ce modèle. Notre identité ne se confond pas avec ce modèle. Ce second modèle contraignant de pensée est peut-être avant tout une hypothèse théorique qu’il faudrait examiner de près, et dont il faudrait tirer toutes les conséquences concernant la question de l’incontinence. Nous serions alors en mesure de découvrir des résultats sensiblement différents que ceux que l’on trouve dans un autre modèle humain.
Auparavant, nous devons sans doute construire d’autres modèle, d’après ceux que nous suggère la tradition. Les paragraphes qui suivent constituent une reprise de ce que nous avons dit plus haut. Nous n’avons pu ici éviter le caractère répétitif de l’opération, mais l’élaboration de notre problématique est aussi une réélaboration.
D. Reprise de l’incontinence comme problème.
Dans la définition de la faiblesse de la volonté établie par Davidson au début de son article, on trouve mobilisés plusieurs concepts qu’il faut ici analyser. La définition de la faiblesse de la volonté est la suivante : « La volonté d’un agent est faible s’il agit, et agit intentionnellement, contre son meilleur jugement. »
D’abord, la volonté est celle d’un agent. L’agent est donc supposé doté aussi d’une faculté de juger. L’agent est au moins deux choses en même temps : juge et agent proprement dit. D’abord il juge, puis ensuite il exécute. Pour agir, il faut au moins passer par cette épreuve de la pensée qui consiste à effectuer un jugement. Hors, il apparaît qu’au terme de ce processus, l’acte peut ne pas correspondre au jugement. L’incontinence signifie ce hiatus entre l’acte et le jugement. L’acte ne correspond pas au jugement : cela signifie que l’agent ne parvient pas à faire ce qu’il juge, et notamment ce qu’il juge bon ; que parfois il en vient à faire ce qu’il juge moins bon. Autrement dit, l’ultime décision qu’est l’acte lui-même, tend à se caractériser comme hétérogène au jugement : c’est justement le hiatus.L’agent pense et ensuite agit, et pour ne plus être incontinent il faudrait qu’il agisse tel qu’il pense. Or il pense des jugements, et parmi ces jugements s’établit une hiérarchie permettant de différencier ceux des jugements qualifiés de meilleur, (en réalité il n’y en a qu’un), puis les autres, moins bon. Ces jugements sont des jugements relatifs aux actes, donc pour juger il faut être en mesure de considérer les actes eux-mêmes, en pensée. Les actes font donc l’objet d’une évaluation, ils sont envisagés. Et à ce titre, il peuvent être envisagés de multiple manière. Par exemple selon qu’ils correspondent ou non à une certaine norme. Apparaît un processus de pensée des actes, et c’est au niveau de ce processus de pensée que Davidson nous suggère de revenir, pour que ce processus délibératif s’effectue de la manière la plus complète qu’il soit, de manière, enfin, à agir conformément à ce qu’on pense, de nous éviter notamment d’éprouver ce désagrément coutumier de ceux qui ne parviennent pas à agir comme ils le voudraient.
Nous pourrions dire autre chose : ce que fait l’agent, c’est ce qu’il juge le meilleur, quoiqu’il en dise par la suite. On agit toujours conformément à notre jugement, et l’acte, en dernier ressort, traduit exactement à chaque fois la pensée de l’auteur.On expliquerait ce conflit, l’incontinence, comme une impossibilité de reconnaître chez l’acteur, que ce qu’il juge, il le fait toujours, à reconnaître que l’acte qu’il vient d’exécuter est cet acte qu’il à juger le meilleur. Au lieu de cela,
*Ce que je fais c’est le meilleur des actes (dans le jugement) quoi que je fasse. Or mon évaluation ne correspond en rien à la norme, qu’à chaque fois que j’agis, je nie en fait. Je ne cherche pas à agir selon une quelconque norme. Je juge à chaque fois tel que le meilleur à faire, je le fais, ainsi que tous les actes exécutés jusqu’à ce jour. Qu’ils le fussent en réalité, c’est ce qu’il convient d’examiner. Dans la critique de mes actes.
· « Ce que je fais, ce n’est pas toujours ce que je juge le meilleur. C’est parfois aussi, souvent en fait, le moins bon. Je fais des actes qui ne me conviennent pas. Qui ne me correspondent pas. » On pourrait trouver dans une telle manière de penser, un certain déni, comme si celui qui jugeait ainsi, ne parvenais pas à reconnaître que ses actes correspondent à son jugement. Son jugement le moins bon, ou qu’il juge tel, est en fait le meilleur pour lui puisqu’il a débouché sur l’acte effectif, mais il en vient à dénier ce jugement. Il ne veut pas reconnaître ses jugements/actes, ils ne les assume pas entièrement.Il ne les affirme pas tels quels ; il ne s’affirme, en définitive, pas lui-même. Il se persuade qu’il est incontinent pour ne pas voir que le problème est en fait ailleurs.
· « Je fais le meilleur à chaque fois. Et j’assume ce meilleur, même si, d’un autre point de vue, qui n’est en réalité pas le mien, il est le pire ». Ce qu’un tel énoncé révèle, ou semble révéler maintenant, c’est la co-existence de deux points de vue dans la pensée du sujet de ces actes. On pourrait lui faire dire : « j’assume mes actes, fussent-ils considérés d’un autre point de vue, comme les pires.Mes actes me révèlent que je ne partage pas, puisque j’exécute ces actes, cette opinion.Et personne ne parviendra à me faire croire que j’ai agi contre ma volonté la meilleur, car ma volonté la meilleur, c’est toujours mon acte qui la révèle. Dans tout ce que j’ai fais jusqu’à présent, étaient contenues mes pensées. Mes actes voulaient dire que mon meilleur jugement c’était de faire ces actes. Or, mon jugement est susceptible de réforme, comme d’ailleurs mes actes. Mais jusqu’à maintenant j’assume tous mes actes. Je ne tiens pas à faire cette dichotomie spécieuse suivant laquelle j’effectuerai des actes qui ne correspondrait pas à ma meilleure évaluation. Faut-il le redire : mon acte, est en définitive, ce que j’ai jugé, à tel moment, de mieux à faire. Or il n’est pas dit que je persévère indéfiniment dans la répétition de cet acte. » Un tel sujet s’assume en tant qu’il reconnaît son incapacité à effectuer des actes considéré de manière unanime comme les meilleurs. Il reconnaît sa faillibilité, son incapacité quasi congénitale à suivre une norme quelle qu’elle soit. Et c’est à ce moment là, qu’il considère que les normes, telles qu’elles sont, ne lui conviennent pas.
· Cela revient à dire que celui qui se pense incontinent, est encore un homme pieux. Alors que l’autre est un homme qui ne se fait « pas » d’illusion, et qui sait que ce qu’il fait et quoiqu’il fasse, contrevient à la norme qu’il se refuse pour autant à intérioriser. L’autre intériorise la norme et la prend pour son meilleur jugement, et finit pas affirmer qu’il ne se comprend pas, va suivre des soins chez un thérapeute. Le nietzschéen assume pleinement son acte pour pouvoir finalement : telles qu’elles sont, toutes les normes sont ineffectuables. Elles ne norment pas mes actes, elles sont caduques. Et je ne cherche pas à me normer, ni à normer mes actes, puisque je n’intériorise pas la norme, je n’ai pas de conflit à ce niveau là. Je ne fais toujours que ce que je peux faire (volonté de puissance). C’est ma puissance qui veut que je fasse cela. Ma puissance veut.
· L’incontinence reviendrait à dire, au final qu’on ne fait jamais ou rarement ce qu’on veut vraiment. Selon Nietzsche, on ne désire que ce qu’on peut désirer,
L’homme délibère : la délibération parviendra-t-elle à penser le tout de l’acte lui-même (dans le cadre d’une pensée de ce type).
E. Dernière reprise (pour le travail en cours)
Nous examinerons la première phrase de l’essai de Davidon : “la volonté d’un agent est faible, s’il agit, et agit intentionnellement contre son meilleur jugement".
Nous pourrions tout d’abord, pour mieux la cerner, nous dire que finalement, ceux dont il s’agit ici, nous-mêmes, disposons maintenant des outils susceptibles de mettre un terme à cette faiblesse de volonté qui nous caractérise, à cette incontinence qui est notre lot. Il ne s’agit là bien entendu que d’une hypothèse, où il s’agit de dire que c’est nous qui sommes incontinents. D’un autre côté, il s’agit d’obtenir une volonté plus ferme, qui ne déroge pas avec les principes ou les jugements qu’elle a énoncés. L’agent dont la volonté est faible peut être dit incontinent. L’agent dont la volonté est forte ou ferme, est continent. L’incontinent juge mais son jugement n’est pas pris en compte lors du passage à l’acte. Si bien qu’il effectue quelque chose, un acte, en se disant qu’il aurait mieux fallu faire autre chose, voire ne rien faire du tout. Il n’effectue pas ce qu’il juge bon, il semble effectuer ce qu’il préfère effectuer, et ce qu’il préfère effectuer, ne correspond pas à ce qu’il juge bon. Et ce qu’il préfère effectuer, il ne le juge pas bon, au risque d’être amené à considérer ses actes de manière coupable. Ce qui doit s’ensuivre pour nous qui sommes incontinents, incapable d’effectuer ce que nous jugeons bon, c’est toujours la conscience d’un échec, qu’on ne s’explique pas, mais aussi celle d’une faute ; la conscience que nous n’agissons pas dans la bonne direction, faute qui le cas échéant, pourrait se retourner contre nous : peut-être nous attendons-nous à devoir payer un jour le prix de la somme de toutes ces petites incontinences dont nous avons fait preuve au cours de notre existence. Prix qui se traduit sur le plan de la santé, sur le plan des événements défavorables etc…L’incontinent semble devoir attendre le retour de bâton de sa conduite défectueuse. Défectueuse, non pas tant en ce qu’elle contrevient à la morale, dans l’absolu, mais en ce qu’elle déroge aux règles ou aux jugements que nous nous fixons.
La pensée semble devoir examiner deux plans : celui du jugement, vu que nous jugeons, et celui de l’action, vu que nous agissons ensuite. Sur le plan du jugement, il se peut que la pensée soit défaillante, pour qu’ensuite l’action ne s’effectue pas selon lui. Quant à l’action effective, elle semble différer dans la mesure où elle n’est plus considérée comme une action de pensée, mais une action, simplement une action, une action sans pensée, sans cette pensée qui l’avalise, qui lui donne toute sa valeur. Il y a donc une pensée ou jugement de valeur, et dans le cas de l’incontinence, une action sans valeur, étant donné qu’elle ne correspond pas au jugement que nous nous sommes forgés. L’incontinent vit toujours avec la pensée que son action n’a pas de valeur. Il pourrait alors tenter de réformer sa manière de juger, pour que ce hiatus n’ait plus lieu, entre sa pensée, son jugement et l’action qu’il effectue. Mais il faut ici noter que la pensée s’exerce de manière rétrospective : elle s’effectue avant l’action, et après l’action. L’action quant à elle semble une parenthèse entre les deux opérations de pensée effectuées. Il y a un jugement a priori, l’action, et un jugement a posteriori sur cette action. Or, ce jugement ultérieur sur l’action, peut lui aussi être revu selon son critère. Le jugement porté sur l’action, une fois qu’elle a été effectuée, dans le cas de l’incontinence, ne semble prendre en compte que la défaillance du jugement initial, que l’écart de l’action par rapport à ce qu’elle aurait dû être si elle avait été exécuté suivant le jugement initial. Quant à l’action et son véritable effet, il ne semble point faire l’objet d’une prise en compte, au niveau de sa valeur réelle, autrement dit, au niveau des effets produits par elle. Si bien qu’on pourrait autant entrevoir une réforme du jugement aussi bien qu’une réforme de l’action elle-même, mais aussi une réforme du constat ultérieur à l’action.
Cette problématique de l’incontinence pourrait être posée en termes moraux ( écartée par Davidson), dans les termes d’une honnêteté vis-à-vie de soi, dans l’hypothèse qu’un rapport à soi soit possible, entre un individu et lui-même. Cette honnêteté pourrait consister dans le fait d’assumer l’action accomplit, en sa défaillance, plutôt que de la nier, et la recommencer ultérieurement, et ce indéfiniment, dans une répétition pathologique. Ce qu’il est possible de mettre en évidence ici, c’est le fait que le jugement ne soit point décisif, ce jugement qui précède l’action. Mais ce n’est peut-être pas un jugement décisif dans la mesure où il se borne à considérer bon ou mauvais tel acte à venir. Et peut-être l’humain choisira-t-il toujours le plus mauvais, car le plus attrayant, plutôt que ce jugement le meilleur, toujours austère, et voué indéfiniment à être nié. S’agit-il d’un laisser aller ? Il s’agit, dans une perspective nietzschéenne, d’évaluer autrement les actes que selon le bon ou le mauvais. Mais aussi d’agir ces actes autrement à chaque fois. N’y-a-t-il pas, au départ, l’émergence d’une idée confuse qui nous porte à accomplir tel acte, idée confuse qu’un jugement vient évaluer pour la nier dans sa pertinence, mais qui finalement n’empêche pas de s’accomplir en un acte, effectuation qui se passe alors dans le déni, comme si le sujet était clivé, qu’il ne reconnaissait pas ce qu’il faisait, l’ayant pourtant fait. Cette thèse, que n’aborde pas Davidson, tendrait à reconnaître au sein de l’humain l’émergence de désirs qu’aucune attitude moralisatrice n’est en mesure d’étouffer. Ces désirs ou tendances dans cet humain, chercheraient si ce n’est leur satisfaction, leur réalisation, ils prendraient de cours le sujet, surpris d’apercevoir en lui ces tendances, elles prendraient de cours sa manière de juger, son système de représentation, qui tant qu’il ne serait pas réévalué, continuerai de fonctionner dans le déni. Déni ou acceptation ? Il s’agirait d’opter pour l’acceptation. Qui ne serait pas une acceptation sans bornes, la poursuite effrénée de toutes les tendances. Mais plutôt, risquons ce mot, la soumission de cet esprit aux tendances. Soumission non pas dans le fait, il faut le redire ici, de les suivre ou de les effectuer inconsidérément, mais dans le fait que cet esprit doit maintenant les penser telles quelles, plutôt qu’à la lueur des principes moraux transcendants. Pour les juger telles quelles, la pensée doit leur succéder. L’acte a eu lieu, la pensée traite ce qui a eu lieu. Elle traite notamment la manière dont cet acte a eu lieu. Elle traite en même temps cette question d’un écart entre le principe initial : « j’ai effectué quelque chose qu’a priori je ne jugeais pas souhaitable, je l’ai pourtant fait, comment l’ai-je fait, était-ce si peu souhaitable que cela en avait l’air avant de le faire ?
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 | 31 | ||||