Faiblesse de la volonté

26.07.07

Permalink 09:46:04, par sylvain Email , 1562 mots, 474 vues   French (FR)
Catégories: Général

Faiblesse de la volonté

Nous montrons ici la construction d’une problématique. Cette construction d’une problématique, à certains égards, est elle-même problématique puisqu’elle semble n’avoir ni queue ni tête. Pourtant tous les éléments d’une analyse du problème de la continence, de l’incontinence aussi, sont réunis.

***

Examen des données du problème de l’incontinence.

Le problème de l’incontinence peut être posé à partir des termes qu’il implique. Les termes que pourrait impliquer ce problème sont au moins au nombre de quatre : l’agent, la volonté de cet agent, son action et son jugement.

1. L’agent veut quelque chose, il est pourvu de volonté. Il est censé savoir ce qu’il veut, censé connaître la nature de son vouloir, de l’énoncer dans l’ordre du langage. Aussi veut-il, aussi ne veut-il pas. Son vouloir peut être un non vouloir, qu’à l’occasion il peut énoncer dans l’ordre du langage. Mais ce qu’il veut ou ce qu’il ne veut pas, cela ne lui est probablement pas toujours donné, il doit pouvoir le penser. Son vouloir est peut-être le fruit d’une opération de la pensée qui au terme de celle-ci se déterminera en un jugement.
2. L’agent agit. Par cette tautologie on dit qu’il fait quelque chose. Et ce qu’il fait, il le fait de manière réfléchie ou non. D’ordinaire, il fait ce qu’il juge bon de faire. Mais parfois il fait, ou on dit qu’il fait ce qu’il ne juge pas bon de faire. Nous entrons alors dans le domaine de l’incontinence, du mystère que celle-ci constitue.
3. La volonté d’un agent peut être faible, ou forte. Quand elle est faible, il semble qu’elle soit faible par rapport à quelque chose. Elle ne semble pas en mesure de s’imposer, ce en quoi elle est dite faible. Ce qu’il voudrait faire, pour des raisons x, l’agent ne le fait finalement pas, et opte plutôt pour une action qu’il n’aurait voulu jamais commettre. L’agent semble manifestement en porte à faux par rapport à sa pensée. Sa pensée et son action connaissent un hiatus. Son action se voit attribuée une moindre valeur. L’incontinent est aussi celui qui peut se dévaloriser de faire quelque chose qu’il aurait ne point aimé avoir fait.

Nous voyons que l’élaboration du problème, ici, n’est qu’à son stade le plus primitif. Cette élaboration est partielle, et nous n’avons pas encore pris le temps d’examiner chacun des termes en jeu, ainsi que ce qu’implique le fait de les assembler, ou de les séparer. Peut-être devons-nous le reprendre, ou reprendre chacune des en-tête pour mener à chaque fois l’énoncé initial un peu plus loin que là où nous étions au départ. C’est ce que nous allons tenter de faire ici, dans la mesure des possibilités liées au contrainte du travail en cours. Il s’agit maintenant d’une reprise théorique des points 1, 2 ; et 3.

1. L’agent veut quelque chose.
1.1 L’agent est une entité qui rassemble l’individu et une volonté.
1.2 L’agent est une entité qui rassemble un individu et le fait qu’il a pour caractéristique d’agir.
Corollaire du point 1.2 : ce point semble quelque peu antithétique par rapport au point qui précède. Or cette antithétique, il n’est peut-être point possible de rassembler toutes les thèses qu’elle contient, thèses qui s’opposent nécessairement. Nous sommes au moins en présence de deux théorie opposées de l’agent, et il faudra déterminer quel est le point de vue de Davidson concernant l’agent qu’il aura décidé de mobiliser : quel est l’agent de Davidson ? Quelle notion se fait-il de l’agent sachant que de l’agent, il est possible d’établir de multiples théories. Sur la base de quels arguments devrons-nous retenir la théorie de l’agent la plus satisfaisante ?

2. L’agent agit.
2.1 L’agent est celui qui agit en fonction de raisons.
2.1.1 L’agent est celui qui agit en fonction de raisons dont il a conscience.
2.1.2 L’agent est celui qui agit en fonction de raisons dont il n’a pas conscience.
2.1.3 L’agent agit en fonction de raisons dont certaines lui sont connues, mais dont d’autres lui sont inconnues. Il ne sait pas tout ce qui le meut.
2.2 L’agent est celui qui agit sans raisons.
2.2.1 L’agent agit sans y avoir réfléchis.
2.2.2 L’agent agit sans qu’aucune raison ne puisse être en mesure d’expliquer son action.
2.2.3 Les points 2.2.1 et 2.2.2 sont vrais alternativement.

3.La volonté d’un agent peut être faible ou forte.
3.1 La volonté d’un agent, c’est cet agent, si elle est faible alors il est lui-même faible. Si elle est forte alors il est lui-même fort.
3.2 La volonté d’un agent, ce n’est pas cet agent, l’agent n’est ni faible ni fort, c’est sa volonté seule qui peut être jugée faible ou forte.

Remarque 1 : Les point 1 2 et 3 pourraient maintenant être enrichis un peu plus. Et il nous faut maintenant déterminer une théorie de l’incontinence. Nous savons que les données de ce problème sont variables comme n’importe quel problème. Nous assistons ici a un conflit de positions. Nous assistons à une antithétique. Les points 1 2 et 3 ne sont pas complémentaire. La théorie de l’incontinence à chaque fois semble tributaire d’une théorie de l’agent, d’une théorie de l’action, d’une théorie de volonté, d’une théorie des forces. Et nous nous demandons qu’est-ce l’incontinence ? Y répondre, c’est devoir répondre à la question de chaque terme en jeu.
Remarque 2 : L’incontinence, la continence, l’akratès, tout cela doit avoir une certaine réalité, tout cela doit nous concerner dans une mesure certaine. Dans une certaine mesure nous pourrions nous qualifier d’incontinents. Nous sommes les incontinents qui devons régler ce problème de la continence pour nous, pour mieux vivre, pour accéder à ce que promet la continence : peut-être bien la vie heureuse. Et nous ne savons pas à quelle théorie nous vouer pour être incontinent. Se pose la question de savoir si la continence décrite par telle théorie est bien la nôtre en-propre. La question de savoir si la théorie en question a bien cerné le cas que nous étions. De savoir si donc cette seule théorie de l’incontinence peut nous sauver de ce fléau. Faut-il donc poser la question : à-quoi se réfère-t-on quand on parle de l’incontinence ? Y-a-t-il dans l’humanéïté de l’Homme, de l’incontinence, et donc un devenir possible vers la continence ? Devons nous penser suivant cet axiome que semblent partager toutes les théories de l’incontinence suivant lequel l’Homme est un être incontinent ?
Remarque 3 : Pourtant l’incontinence a bien une réalité. Il y a une réalité de l’incontinence mais nous nous demandons si cette réalité n’a pas trop tendance à vouloir se confondre avec le Réel. Peut-être le Réel est-il forclos à l’incontinence, peut-être est-il indifférent à la continence. Dans ce cas, eu égard au Réel, toutes les théories de l’incontinence lui sont indifférentes. Nous devons peut-être nous demander à l’égard de la faiblesse de la volonté, à chaque fois, s’il est bien question de l’Homme. L’homme à la faiblesse avérée de la volonté n’est peut-être rien d’autre qu’un anthropoïde, un modèle de pensée qui sert à désigner l’Homme et qui prétend l’expliquer, mais un modèle illusoire. Une illusion semble être décelée : cette illusion consiste à prendre cet anthropoïde pour le Réel-Humain, pour l’Homme-en-personne. L’homme dont il est question avec l’incontinence, n’est alors rien e plus qu’un modèle humain dont il a été décidé que son seul soucis constituait une faiblesse constitutive de sa volonté. Mais nous ne savons plus comment résoudre ce problème, car il a toutes les allures, lorsque l’homme est pensé de la sorte, d’un problème indécidable, où dont ceux qui décident ne décident finalement, à chaque fois, que de manière autoritaire, et à laquelle nous devrions nous conformer (y compris Davidson). Tel qu’il est posé, l’humain avec son incompétente incontinence structurelle, se voit imposée (ou proposée) la tâche d’y remédier. Et peut-être est-il mieux d’y remédier, mais nous ne savons vraiment plus s’il s’agit de nous. Nous ne sommes peut-être pas cet anthropoïde. Et si nous ne le sommes pas, si nous sommes étrangers à ce modèle anthropologique ; que ce modèle anthropologique ne constitue pas notre Vécu, que pouvons-nous faire des théories de l’incontinence ? Peut-être pouvons-nous les expliquer, expliquer la manière dont elles sont structurées et comment elles pensent co-appartenir à l’humain ?

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