Si cela se dit des opinions en général, le procédé de traitement doit concerner les opinions politiques. Il s’agit de traiter les opinions politiques, mais aussi, les théories politiques, qui ne sont certainement pas dénuées d’illusions.
On pourrait par exemple tenter de comprendre quelle idée du Réel se font chacune des théories politiques. Ou peut-être inversement, trouver de chaque idée ou théorie du Réel, la politique qui en découle. A ce titre, on trouverait qu’à chaque fois qu’une philosophie s’exprime dans le domaine de l’ontologie, cela n’est pas neutre politiquement, il ressort de là une politique, une manière d’envisager la politique, l’ethos politique.
Puis, il y a le mouvement (toujours philosophique) : connaître le réel pour comprendre et penser la réalité. La réalité comme cas particulier et restreint du réel. On appréhenderait le Réel pour retourner à la réalité ou aux réalités, pour pouvoir ensuite les penser. Il y aurait l’autre mouvement qui consisterait à cesser de vouloir atteindre par le concept le Réel.
Reprenons : On cherche à atteindre le Réel tel qu’il est vraiment au moyen de la pensée. La pensée a pour objet le Réel auquel elle doit correspondre (configuration philosophique). La connaissance du réel acquise, cela devrait permettre de prendre les décisions correctes. Donc d’apporter un surcroît de bonheur ou de satisfaction. Les mauvaises décisions sont liées à une mauvaise appréhension de la réalité, donc aussi à une mauvaise théorie du Réel.
Reprenons : politiquement, cela se traduit de la sorte. On cherche à connaître la situation concrète, particulière qui constitue notre objet. Mais pour conceptualiser la connaissance de cette situation concrète, il est nécessaire d’avoir une théorie plus générale. Les questions que nous nous posons pour aborder les situations concrètes dépendent directement de la notion même du Réel que nous avons posé au départ. Certaines politiques éludent totalement certaines questions de ne point disposer dans leur théorie du Réel de l’outil qui permettrait d’aborder la question. Les questions que l’on pose politiquement sont tributaires d’une ontologique explicite ou implicite, avérée ou nom.
De là, une ontologie de l’immanence induit une certaine politique. Pareil pour une ontologie de la transcendance.
Faisons un peu d’histoire : une ontologie particulière disposant d’un certain pouvoir de configuration induit des effets dans la réalité. Chaque changement au niveau de l’ontologie, de la pensée que nous nous faisons du Réel, induit un bouleversement de notre manière de faire de la politique. Le monde concret dominé par une théorie déterminée est configuré en partie conformément à la théorie qui le façonne.
La couleur du monde ou son aspect, dépend de l’idée que les hommes s’en font. (à monde merdique : idées merdiques ?).
L’inverse est envisageable et envisagé. Les productions de l’esprit humain dépendent du Monde, des conditions dans lesquelles ces humains vivent.
Nous risquons alors le cercle, tentons de l’exposer.
La réalité détermine ou conditionne la pensée que se font les humains.
La pensée des humains conditionne la réalité, elle l’influence. Nous nous comportons en fonction de l’idée que nous avons du Monde voire du Réel. Mais nous nous comportons en fonction de conditions objectives et concrètes. D’autre part nos conceptions sont liées à des conditions déterminées par l’espace et le temps. Ce que nous pensons vient de la nature m^me de la réalité dans laquelle nous vivons. La réalité dans laquelle nous vivons conditionne notre manière de penser, mais en même temps, elle est modifiée par notre manière de penser. Nous rencontrons le problème de la bilatéralité ou de la détermination réciproque.
Reprise préalable (dans un vocabulaire très général).
Nous changeons le Monde.
Nous changeons le Monde en fonction de la pensée que nous nous faisons du Monde (de la représentation).
Notre façon de penser le Monde dépend du Monde lui-même et de la réalité dans laquelle nous vivons.
Il nous faut pouvoir penser une réalité ultime, valable partout tout le temps, nous avons besoin d’une connaissance universelle et nécessaire. Ce qui se dit de tout temps en tout lieu. Ce qui ne varie point. Ce qui demeure malgré le changement.
Note théorique : ce brassage des pensées doit produire en son temps des effets. Des effets qui ne viennent peut-être qu’un peu plus tard. Les raisonnements doivent alors être plus complets. Ce brassage est un processus de formulation. Quelqu’idée nouvelle doit apparaître, quelque point de vu nouveau, quelque sortie du cercle vicieux dans lequel nous serions tombés malencontreusement. Quelqu’idée à laquelle nous n’aurions point encore pensé. C’est l’idée d’un traitement théorique de longue haleine et qui doit déboucher sur l’affinement progressif des idées elles-mêmes. Mais cela n’est possible que dans la mesure où nous pensons que ce traitement est utile, et qu’il vaut la peine de le poursuivre, de le mener. Il ne s’effectue que dans la mesure où nous pensons que nous pensons inadéquatement et de manière encore trop rustre. Il n’a lieu que si l’on se décide à écrire quelque opinion à laquelle d’emblée nous accorderons le statut d’opinion. Comme telle l’opinion n’a pas de quoi nous satisfaire, et nous ne nous en tenons pas là. Nous pouvons prendre les opinions que nous avons. Mais surtout nous pouvons nous servir des théories existantes. Un effort d’élaboration est alors nécessaire. Les théories véritables n’existent que suite à cet effort d’élaboration et de construction.
Reprise : on peut penser ainsi comme Hegel (un Hegel standart). La pensée n’évolue que dialectiquement (par la négation). Mais elle reflète le mouvement le plus fidèle de l’Être. L’Être doit aussi évoluer de manière dialectique. La pensée et l’Être sont donc identiques. La pensée de l’être est identiquement l’Être. Pour penser, il faut faire comme l’Être, il faut dialectiser. Il faut suivre le mouvement dialectique et le processus de l’Être. Thèse : l’Être est dialectique.
L’Histoire des hommes est dialectique. La pensée de l’histoire des hommes montre cette dialecticité. Il faut ensuite une fois connu ce procès historique, le continuer consciemment. La conscience véritable est le conscience de cette dialecticité de l’être et de la pensée, la continuation (active ou consciente) de ce mouvement par lequel ne cessent de se produire des dépassements ou surmontements. (Thèse anti-thèse- synthèse).
Suivant l’idée qu’ils se font des processus historiques, les philosophes constituent des théories des processus de la pensée. Processus continus ou discontinus. Grandes fresques de l’histoire de l’humanités, grande fresque de l’histoire des philosophies, grand mouvement de la pensée jusque-là où nous nous trouvons présentement. Et la suite alors ?
La politique dans tout cela ? notre ethos politique varie considérablement suivant que nous pensons que penser ne sert à rien, ou l’inverse. Penser que penser ne sert à rien ne constitue qu’un moment de la pensée, qui doit être, dans cette configuration ou selon elle, dépassé.
Ethos politique : comportement politique. Comportement à l’intérieur de la cité. Plus exactement, manière d’être au sein de la cité ou du Monde devenu Cité. Ce comportement est pensé, représenté à son tour, nous nous faisons une image de nous-m^me et de notre comportement dans la cité. Quant à savoir si nous nous faisons une claire conscience de ce comportement mais aussi de cette idée, cela est difficile à faire. En tout cas, il existe au moins deux théories de la cité ou de l’ethos dans la cité, donc deux théories de la nature du Monde et de nos rapports au Monde : la macropolitique et la micropolitique. Et cela est peut-être le micmac, notre problème dans la mesure où certainement, nous sommes sans arrêt en train d’osciller quand nous pensons entre ces deux points de vue que nous adoptons alternativemnt. Mais les deux sont peut-être inadéquats. Il faudra les examiner.
Il s’agit encore une fois du penser, plutôt que de la pensée de la conduite. Notre comportement théorique, notre posture théorique. Que faisons-nous lorsque nous théorisons, en avons-nous pleinement conscience. Penser est un faire.
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