le problème de la référence au Monde (dernière partie)

17.07.07

Permalink 10:09:40, par sylvain Email , 1836 mots, 375 vues   French (FR)
Catégories: Général

le problème de la référence au Monde (dernière partie)

II. Analyse du problème de la référence du côté de la tradition anglo-saxonne.

La référence comme problème peut-être rapportée à une constellation d’auteurs anglo-saxons tel que Frege, Russel, Strawson, Linsky, Kripke, entre autres. A l’intérieur de cette constellation, on peut se rendre compte d’importantes divergentes concernant la théorie de la référence. Cette théorie de la référence implique nécessairement d’autres problèmes, elle semble les englober : celui des noms propres, de la description définie, le rapport entre les noms propres et la description, et bien entendu le rapport référentiel du nom propre à une réalité dans le Monde, voire même au Réel.
Ces auteurs de tradition anglo-saxonne rencontrent une certaine confrontation avec la tradition continentale : par exemple Meinong, et Husserl pour ne citer qu’eux. Husserl est plus enclin à développer une théorie de l’intentionalité, théorie de la référence qui fait déjà appelle à des auteurs plus anciens, des prédécesseurs, tel que Brentano. Russel discutera surtout les théories de Husserl et de Brentano, pour tenter de faire valoir la supériorité théorique de son approche du problème de la référence. Explicitement, Russel discute les thèses de Meinong ainsi que Husserl (peut-être en les déformant).
Les questions multiples que posent se problème de ce côté anglo-saxon, concernent bien entendu la réalité (donc le statut ontologique) de ce à quoi nous faisons référence au moyen de noms propres. Peut-être ces « noms propres » s’avèrent-ils, finalement, ne renvoyant à rien, n’être pas de véritables nom propres (thèse russelienne). Ces noms propres ne référant à rien sont certainement des noms propres, mêmes s’ils ne réfèrent à rien, tout dépend de l’utilisation que nous faisons, soit de l’acte de référer opéré par un locuteur (thèse émanant plutôt de Strawson). Il y a donc une conflictualité inhérente à la position du problème de savoir ce que constitue l’acte de référer, conflictualité dont il est douteux que Kripke aura sonné la fin. Nous sommes en présence de positions antithétiques qui se disputent au final la légitimité théorique, celle qui consiste à appréhender véritablement le problème de la référence, de clore le chapitre de la référence. Cette antithétique a au moins débutée avec l’incorporation de nouvelles données, de données d’abord sémantiques, puis dernièrement surtout avec Strawson, de données pragmatiques. Mais chaque fois enrichie de ces nouvelles données, le conflit semble se déplacer.
Il faudrait être en mesure de mesurer exactement ce sur quoi porte cette conflictualité. Peut-être, cette conflictualité se joue-t-elle au niveau d’un mode de pensée décisionnel, qui constituerait l’invariant de toutes ces variantes évoquées ici, philosophie continentale comprise. Il s’agirait alors de décrire le schème décisionnel, de décrire à chaque fois la décision théorique qui fait que cette conflictualité, si cette hypothèse est établie, n’est pas près de se résorber tant qu’on mobilisera un tel schème de décision. Reste inévitablement la question de savoir comment nous parviendrons à décrire un tel processus, qui a bien des égards constitue un processus complexe de pensée. Il doit mobiliser des opérations elles-mêmes invariantes. Or, on dira provisoirement que ce schème décisionnel a des chances d’être explicité dès lors que sur un m^me plan théorique à l’égard du Réel toutes ces théories seront mises. Selon cette contrainte théorique, on dirait que du point de vue du Réel, toutes ces décisions sont indifférentes. Or pour le moment, il ne s’agirait pas tant de discuter la pertinence ontologique d’une telle approche, que de voir ce qu’elle est susceptible de donner. Par prudence, plutôt que d’affirmer une sorte de thèse ontologique concernant le Réel, on dirait plutôt qu’il s’agit de tester une hypothèse suivant laquelle ces décisions multiples n’affectent pas le Réel, qu’à l’égard de ce Réel, elles sont toutes indifférentes. Que toutes, peut-être alors, se disputent pour savoir laquelle atteindra jamais le Réel. Nous ne risquons pas grand chose à tester cette hypothèse dans ses conséquences.

III. Comment le langage parvient-il à atteindre le Monde ?

Si l’on s’interroge au sujet de savoir s’il est possible au langage d’atteindre Monde, on se pose inévitablement la question de savoir quelle est la meilleure manière de l’atteindre, autrement dit de nous fournir une connaissance de celui-ci. Et dès lors, il semble inévitable qu’à l’égard du Monde, certaines philosophies se poseront toujours comme plus propres à l’atteindre, c’est-à-dire de nous en donner une connaissance efficiente. Si ce n’est une connaissance du Monde proprement dit, ni de notre manière de nous y rapporter concrète ( universelle et nécessaire : thèse plutôt de la philosophie continentale), de notre connaissance du mode d’accès au Monde par le langage.
Se pose maintenant la question de savoir si le monde constitue le Réel. Or, si l’on dit que le Réel est Monde qu’il s’agit de connaître, nous risquons de devoir affirmer dans le même temps une assertion qui est très problématique d’un point de vue qu’on pourrait qualifier de logique. Si en effet, on dit que l’identité du Réel est d’être un Monde, dans la m^me phrase on affirme l’identité et la division. Car le Monde en son identité doit être au moins divisé en secteur ou parcelles. Plus logique, mais parfaitement contre intuitive semble la thèse, mais est-ce encore une thèse, ne doit-on pas dire maintenant un axiome, que l’Identité (est) le Réel, qui comme tel ne peux être conçu que comme Un, Rien qu’Un.
Inévitablement aussi, nous voilà confrontés au risque d’une mésinterprétation de l’axiome.Pour tenter de clarifier quelque peu cet axiome on dira que l’identité constitue ce qui tel quel ne se divise pas, ne peut être divisé, l’Indivisible en personne. Le Monde par contre est toujours susceptible d’être divisé fut-ce pour être réunifié dans une opération de synthèse. Or, l’identité, le Réel, ou l’Un dont il serait alors question dans une telle configuration théorique, ne pourra jamais être conçu comme une unité synthétique. C’est pourquoi l’axiome dit : L’un reste Un, ou l’Un reste en-Un sans se diviser ni se ré-unifier en un acte de synthèse.
Resurgit alors inévitablement le problème de la référence. A l’Un on demandera inévitablement de réferer à quelque chose (dans le Monde, fut-ce le Monde lui-même). Mais peut-être est-il le Sans-Référence par excellence, et ce Terme de Sans-Référence pourrait bien désigner un nom propre susceptible de le qualifier. On pourrait appeler le Réel le Sans-Référence, et il resterait alors à savoir ce que cela donne sur le plan théorique. On ne pourrait opérer la critique de cette théorie sérieusement, qu’à la condition d’avoir effectué cette hypothèse. Car quoiqu’il en soit, il n’y aurait aucune obligation réelle à utiliser cette hypothèse. Le Réel ne l’oblige. Dans ce cas, comme pensée, nous pourrions peut-être nous y obliger, afin de déterminer la théorie que cela implique.

CONCLUSION

Il se peut que le problème unifié de référence et de différence soit celui d’une préférence. Déjà, on devrait choisir notre préférence à l’égard d’une tradition. Mais à l’intérieur de cette tradition nous devrions encore préférer un auteur plutôt qu’un autre (Heidegger contre Nietzsche ou Nietzsche contre Heidegger) (Frege contre Russel, Russel contre Frege). Nous nous demandons ici, si pour être rigoureux nous devons encore effectuer cette préférence, s’il n’y a pas lieu de faire autre chose, de travailler autrement qu’exclusivement une tradition plutôt qu’une autre, toujours au profit de l’une ou de l’autre. On se demande finalement si, quant-au Réel, il ne faudrait pas mettre toutes ces théories sur un pied d’égalité dans un acte théorique qu’il resterait à définir. Acte qui permettrait de travailler toutes ces théories avec un égal sérieux, une égale rigueur. Nous devrions nettement nous acheminer vers la notion de férence et de ce que proprement elle véhicule.D’ailleurs, ce problème semble ancestral puisque déjà, dans l’antiquité on s’interrogeait à propos d’une planète, notamment pour ce qui était de lui donner un nom (noctifer ou lucifer? ).
Nous n’avons pu, malheureusement mener une étude complète de ce problème, nous n’avons fait qu’élaborer des cas, qu’il faudrait enrichir, à chaque fois, d’autres. Mais nous pouvons tenter d’établir une conclusion par rapport à la question de savoir comment référence est-elle reglée de manière philosophique. Ou comment, la référence, mais aussi la différence, comme traditions entendent régler leur comptes théoriques aux autres traditions. Les aspirants à la sagesse, pensent trouver la clé de la sagesse à mesure qu’ils auront acquis la théorie du Réel. Suivant l’hypothèse que nous avons suggérés ici, cette tentative d’atteindre le Réel au moyen de la théorie, peut être décrite. Il faudrait alors décrire comment on pense avoir atteint l’ultime façon de dire le Réel, non seulement de le dire, mais d’y faire référence. S’il y a un mode unique de référence au Réel, alors cela peut s’entendre de deux manière. Philosophiquement, cela s’entend au moins de la façon qui suit : peu y on part au Réel, peut y on accès. Dans ce cas, le philosophe pensant avoir part au Réel pensera aussi que tous ceux qui l’on précédé se sont trompés. Mais si le Réel est le Sans référence par excellence, cela signifie qu’il est tellement donné, que le Réel n’a aucun besoin de faire référence, soit de se dédoubler une deuxième fois. Bref, il (est) vraiment l’Identité.

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