I. La référence « vue » de la tradition continentale
• Comme tout problème philosophique, le problème de la référence peut être rattaché, en dernier lieu, à philosophie. On interrogerait, au vue des théories de la référence, philosophie, l’amour de la sagesse. On pourrait se demander à quoi est-ce qu’on se réfère lorsqu’on dit philosophie, lorsqu’on énonce ce nom. Est-il un nom propre ? On demanderait en même temps, quelle théorie de la philosophie, les philosophes de la référence ont élaborés pour pouvoir répondre. On pourrait dire dans un premier temps que leur manière de concevoir philosophie, est celle d’une enquête minutieuse à l’égard du langage, son interrogation en tant qu’outil de connaissance (de (la) sagesse ?), la découverte des illusions que peut receler l’utilisation de ce langage, l’utilisation véritable dudit langage. Le philosophe est celui qui a l’égard du langage a pratiqué un examen, en vue de savoir exactement de quoi il est question lorsqu’on parle, notamment lorsqu’on se réfère. Le problème même de la référence est un problème important en ce que s’il n’est pas explicitement posé, l’on risque de ne jamais connaître le statut des entités que nous utilisons et auxquelles nous nous référons. Nous ne connaîtrions pas non plus l’importance des références, et peut-être le fait d’avoir, lorsqu’on parle ou qu’on s’adresse à quelqu’un, des références communes. A quoi se réfère-t-on ? Cette question est principielle, et traduit un soucis de clarification. C’est aussi le problème de l’entente entre des interlocuteurs, le problème des quiproquo, le problème aussi d’une certaine mésentente. Bref, aussi un problème de philosophie, car en cette tradition (la philosophique) les mésententes ont sans aucun doute, jalonnée sa longue histoire.
Nous pourrions reposer à nouveau le problème philosophique en appliquant sur lui la problématique de la référence : Qu’entendons nous lorsque nous disons amour ? Qu’entendons-nous lorsque nous disons sagesse ? Qu’entendons-nous lorsque nous disons amour de la sagesse ? Surtout à quoi se réfère-t-on lorsque nous disons amour de la sagesse ? Cette chose existe-t-elle ? Comment existe-t-elle ? Est-ce une chose ? Faut-il y voir autre chose qu’une simple chose ?
Dans un autre registre théorique, celui de la phénoménologie (qui concerne aussi le problème de la référence) : si amour est amour de, cette formulation langagière traduit un phénomène d’intentionnalité. La conscience peut-elle « intentionnaliser » ou viser de manière intentionnelle quelque chose de l’ordre de la sagesse ? Quel est le statut ontologique de sagesse ? La conscience peut-elle être amoureuse de sagesse ?
On se préoccupe d’une certaine manière de la sagesse, on cherche peut-être le meilleur moyen de la devenir. La manière sienne de devenir sage consisterait à élaborer concernant le langage une attitude de prudence, pour que l’illusion (notamment métaphysique au sens de Russel, ne vienne pas inhiber le besoin de connaître).
Pour la construction de ce problème, nous nous référerons au travail de synthèse de Linsky intitulé Le problème de la référence ainsi qu’aux auteurs qu’il étudie, mais aussi à d’autres auteurs, que nous n’avons pas étudiés au cours de ce semestre (Heidegger notamment). Nous aborderons le problème du mode de référence aux auteurs, problème « problématique » s’il en est, puisque parmi les divers courants de la tradition, tous n’ont pas le même usage des références traditionnelless. Peut-être que tout cela ne fait-il qu’Un.
I. Il existe peut-être plusieurs manières de se référer à (quelque chose - un auteur de la tradition par exemple). S’il existe plusieurs manières de se référer à, celles-ci sont peut-être également correctes. Ou peut-être ne sont-elles pas également correctes ? Mais s’il existe une et une seule manière correcte de se référer à ( quelque chose- un auteur de la tradition par exemple) comment pourrons-nous la déterminer ?
Nous prendrons d’abord une référence philosophique, telle que cette référence philosophique est mobilisée d’une manière que nous pourrions qualifier d’assez peu orthodoxe, et peut-être erronée d’un point de vue historique. En ce cas, l’emploi que nous en faisons n’engage que nous, pour les besoins de la construction théorique que nous essayons de mettre en place ici. Peut-être l’Heidegger auquel nous nous référons ici n’est pas l’Heidegger connu, peut-être n’est-il pas du tout l’Heidegger. Pourtant nous mentionnons ce nom propre dans la mesure où il nous rappel, ou semble nous rappeler à une manière de poser le problème de la référence que nous pourrions utiliser ; Heidegger , en ce qui concerne la problématique, désigne sous ce nom le système de la pensée comme questionnante qui comporte trois dimensions. Pour ce qui concerne la référence, sa problématique pourrait articuler ces trois dimensions. Première dimension, la variable ontique ( l’étant interrogé) qui ici pourrait être nommée le référé (ce dont on cherche à déchiffrer le sens). Deuxième dimension, la variable ontologique dépendante ( la référence). Troisième dimension, l’unité ontico-ontologique, soit l’étant dont la manière d’être ou le « comportement » est de référer, soit le référant. Le référant semble articuler le référé et la référence.
Nous allons proposer ici quelque variations concernant ces trois dimensions de notre problème. Le référant est cet étant dont la manière d’être est de référer. Bien entendu, il s’agit là d’une construction sensiblement différente de ce que Heidegger avait d’emblée élaboré dans Sein und Zeit.
Le référant réfère une référence à un référé. Ou, le référant articule un référé à une référence. Son mode d’être est de référer, et cela consiste à articuler une référé à une référence. C’est le problème de la référance. Sa référance est susceptible de multiples modalités. Autrement dit, sa manière de référer est susceptible de multiples modalités, bien qu’une, car le référe peu changer et la référence aussi.
Le référant réfère, et pour référer, il doit avoir recours à un référé. Le référant réfère à un référé une référence. A chaque fois qu’il réfère il recours à un référé.
On pourrait reprendre le questionnement de Heidegger concernant être : A quoi réfère le référant lorsqu’il dit être. On dirait qu’il y a un mode de donation du sens de Être, qu’à chaque fois le sens de être dépend de la donation que le référant opérera, autrement dit du rapport qu’il établira entre référé et référence. Pourtant, en m^me temps il référe.
A la fin de son livre sur la référence, Linsky reprend l’exemple de l’Etoile du Soir (ou de l’étoile du soir). Il est bien question pour lui, de rappeler le rôle du référant (entendu au sens évoqué plus haut concernant Heidegger) : p161 Il est fondamental de se rappeler ici que ce sont les utilisateurs du langage qui se réfèrent ou font référence à quelque chose, et que cette prérogative n’appartient pas, sauf en un sens dérivé , que ce faisant, ils utilisent. Or, évidemment, Heidegger ne ferait sans doute pas mention d’individus en ce qui concerne le référant. Il ne s’agit que d’une variable ontico ontologique, celle qui articule la variable ontique à la variable ontologique, celle qui procède à cette articulation à chaque fois qu’elle réfère. Il est un étant pour qui être consiste à référer, ou la manière d’être consiste à référer. Ceci ne constitue bien évidemment qu’un motif heidegerien. Référer a lieu à chaque fois que son articulées les deux autres variables. La référence et le référé articulées par le référant. On dirait qu’il s’agit d’une activité libre, une sorte d’association. Il y a une codétermination de termes. Le référant réfère à un référé une référence. Le référé doit être articulé à sa référence. La référance en un sens doit toujours avoir lieu. Elle est l’activité constituante de cet étant pour qui son être est de référer. Or cette référance peut s’opérer suivant diverses modalité : elle n’a pas de loi outre l’activité d’articulation. Quand à l’articultationb prorement dite, elle peut s’opérer de manières multiples. Un référé pourrait être référé à de multiples références sans que cela ne remette en cause la référance. Une référence pourrait être référence de multiples référés sans que cela ne remette en cause cette même référance.
Or, il ne s’agirait pas d’une référance au Monde, puisque référer pourrait en quelque sorte qualifier un mode d’être au Monde, une activité originelle de l’Humain comme être référant. Donc, cet humain constituerait un rapport (originel et non décidé) à chaque fois qu’il devrait se mettre à penser, notamment à penser à son identité. La tournure ici évoquée devrait être explicitée de manière plus importante. Elle consiste à dire que la manière dont les continentaux abordent la référence, ce pourrait être un accent mis sur la condition référente de l’homme, de la disjonction originaire ou de la différence entre le référé et la référence opéré par le référant (qu’il serait lui).
II. Le problème se pose de la compréhension. Si le problème de la référence est aussi important, c’est qu’il est difficile de comprendre autrui. De comprendre les propos d’autrui ; que parfois, lorsqu’il parle, il est difficile de savoir à quoi il fait référence. Mais peut-être la question est mal posée. Il ne fait peut-être pas référence à, constitutivement. Il réfère un référé à une référence. Or, il faut alors être en mesure de savoir comment il réfère, plutôt que savoir à quoi il fait référence.
Peut-être ne devrait-on plus poser la question de savoir à quoi quelqu’un fait-il référence lorsqu’il parle et que ses propos nous sont incompréhensibles. Le problème n’est pas tant de la référence, de sa référence, mais de la référance. Soit du mode d’articulation qu’il est en train d’opérer. Non pas de l’articulation elle-même qui n’est plus fixe, mais du mode avec lequel il est en train d’opérer la référance. Ce qui compte, ce n’est plus l’articulation, mais l’articuler, le comportement bien spécial qu’il effectue à chaque fois et qui est susceptible de variation, de changement de régime. Telle semble être la thèse de Linsky ici, dans le dernier chapitre Référence et référent. Mais si l’on fait intervenir Heidegger, et sa manière de poser la problématique, il est alors utile de préciser les instances dont nous faisons usage. En effet, Heidegger ne parle pas de l’individu empirique. Or, là, lorsque nous parlons d’un référant, on dirait que nous sommes en train de penser à un individu empirique, dont l’activité principielle consiste à référer. Or, il n’est pas encore dit que les propos que l’on emprunte d’Heidegger puissent recouvrir ceux de Linsky, lorsqu’il parle de la nécessité à chaque fois de prendre en compte celui qui articule la référence au référent. Nous nous trouvons face à un problème de transcriptions ou de traduction interphilosophiques, face peut-être à des modes de pensée irréconciliables, que peut-être, à tort, nous nous essayons de conjoindre, et d’articuler, sans grand succès.
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