C. DERNIERE FICTION
a.Un problème/dilemme
«
I. Les discussions, à un moment ou à un autre sont inévitables.
II. On ne sait pas avec qui on va devoir discuter.
III. Ni sur quoi devra porter la discussion
IV. Ni comment elle va se conclure
V. Ni si elle est conclue.
Mais il n’y a pas que la discussion
I. Il faudrait que sur un autre plan puissent avoir lieu des transformations concrètes.
Dans le cas de la pollution, tant qu’on discute ce problème s’aggrave. Un jour il ne souffrira plus ce délai d’attente.
Plus : caractère problématique de notre démocratie. Elle a tous les traits de la démocratie et pourtant semble aussi sécréter le fascisme.
Il n’est pas évident de penser qu’à l’heure actuelle la situation soit si favorable.
D’autre part, société idéale de communication : risque que cela se transforme en enfer. En véritable enfer. L’enfer de la communication.
Nous en voyons déjà les prémisses dans toutes les discussions insignifiantes qui ont lieu de partout, qui ne portent sur rien, et qui n’apportent que des satisfactions narcissiques.
Quant à ce que la discussion soit productrice de vérité, qu’elle dise la vérité du Monde et de la domination, qu’elle dise la vérité du maître, il y a vraiment de quoi douter.
Que soit instituée une démocratie dans la philosophie d’abord.
Dans la théorie qui institue ce genre de conversation qui n’est pas pour le moment démocratique.
A l’heure actuelle, le consensus, semble oublier qu’il y a des discussions brûlantes. Il n’est pas sûr que tous ces gens si pleins de volonté, de bonne volonté au départ, devant l’ampleur de ce qui se passe sous leurs yeux, aient vraiment envie d’aller plus loin. Ils diront, ça suffit.Ils interromprons la discussion.
Argument ad hominem : Habermas discute beaucoup mais au final c’est toujours lui, et lui seul, qui tire le bénéfice d’avoir raison sur ses adversaires. Cela est criant dans tous ses textes. L’arrogance avec laquelle il assène à ses adversaires des qualificatifs plus que déplaisants.
On le voit mal discuter avec quelqu’un qui ne se fait aucune image de l’homme comme lui se fait une image de l’homme communiquant .
L’expérience qu’il a passé une bonne partie de son temps à concocter risque de s’annoncer dans les faits comme un échec cuisant, si ce n’est déjà le cas. Jusqu’où ira-t-on à persister dans cette voie.
Ce qui peut sauver une telle théorique, c’est la mise en place effective, et à petite échelle d’un tel dispositif de discussion où l’on évalue comme dans un modèle réduit les difficultés de ce que nous avions prévus.
Dès lors que c’est expérimental, alors peuvent être mobilisés les concepts deleuziens pour penser l’expérience réelle. Ici, ce sera l’expérience réelle de communication. Non l’expérience idéale de communication. L’expérience réelle de communication dans ce contexte théorique pourra être entendu dans un cadre non normé. La communication devient une expérimentation. Plutôt qu’on décide a priori du résultat, l’expérience est elle-même ce résultat, soit le réel de cette communication, plutôt que les commentaires ultérieures qu’on en ferait. Ce réel est aussi, dans le sens schizo-analytique, entendu comme investissement du champ social. Cette communication qui a lieu dans le champ social, n’apporte rien de ce qu’on pouvait attendre a priori d’elle. Elle arrive par répétition. Et la première répète toutes les autres, plutôt que l’inverse. Elle est alors à entendre comme un devenir où chacun des participants devient l’autre, réciproquement. Qu’est-ce qui a lieu, c’est le devenir mutuel et réciproque, quoiqu’en décident par ailleurs les intervenants ( dans la schizo-analyse).
Quant à l’accord entre les participants d’une telle communication, il pourrait n’être plus que secondaire. Cette discussion qui a lieu engage, dans la schizo-analyse, avant que des sujets socialement définis, des multiplicités qui n’appartiennent à aucun camp, ou bien secondairement. Devront-ils alors s’entendre sur cette Identité ? »
***
CONCLUSION : Traitement théorique
Tels quels, dans le cadre universitaire, les textes mis en places ci-dessus, ne sont pas recevables. Nous leurs avons donnés le terme de fictions pour une raison qui n’est pas neutre, mais peut-être pas celle que l’on croit. Il ne s’agit pas tant de ménager certaines susceptibilités, que de mettre en évidence, fût-ce en en faisant à un moment l’objet, d’une certaine suffisance à l’égard du Réel. Mais cette suffisance est maintenant écrite dans le cadre de la fiction, elle est déjà comme levée. D’un certain point de vue, on écrit volontairement une position philosophique ( i.e. écrite plus haut en style nietzschéen de l’aphorisme « expéditif ») sachant d’emblée qu’elle ne pourra constituer que la phase de préparation du matériau. Ici, nous n’avons proposé que des ébauches pour un travail qu’il reste à accomplir complètement, qu’il reste à mener bien plus loin. Ebauche de mise en crise d’énoncés, ébauche aussi d’analyse, qu’il serait mieux de nommer dualyse. La dualyse étant l’explicitation de la prétention philosophique (dont nous sommes aussi l’objets) à atteindre le Réel. Elle est dualyse de séparer en une dualité Réel et pensée, Réel qu’il s’agirait de nommer le Sans-mélange.
Les textes de philo-fiction proposés ici comportent une part de provocation. Ils ne constituent pas un acte de défiance à l’égard de l’institution universitaire. L’intérêt d’avoir mentionnés ces textes dans ce cadre universitaire (textes dont la qualité peut être contestée) est d’indiquer un travail complet, celui qui explore aussi bien le style proprement académique que le style dit des marges de la philosophie, autrement dit le style des écrits multiples et non recevables, l’archive en une certaine mesure, afin que toutes ces manières de traiter un matériau puissent être incorporées dans un dispositif qui les traitera sans exclusion. Il ne s’agit plus de travailler un auteur à l’exclusion des autres, ou de travailler seulement les textes de Laruelle à l’exclusion de la philosophie, mais de traiter chacun des matériaux de la tradition suivant de multiples modalités qui ici auraient dû être explorées plus systématiquement. On a pensé à une synthèse de la thèse schizo-analytique avec la thèse de l’éthique de la discussion, soit la concaténation de deux appareils théoriques qui initialement se disputent dans le champ philosophique la place en ce qui concerne la question de savoir qui résoudra mieux les problèmes de l’époque. Il faudrait montrer la structure décisionnelle des deux types, structure qui n’apparaît qu’à force d’opérer ce traitement hyperspéculatif. En gros, il s’agirait de traiter micropolitiquement un aspect de la question. Aussi d’envisager une micropolitique de la discussion (évoquée comme telle par Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux au chapitre sur la micropolitique). On pourrait envisager une discussion éthique et morale au sujet de la micropolitique. Autant d’occasions d’inventer des écritures et des pensées qui ne sont pas établies dans le but d’opérer une seule déconstruction textuelle. Il faudrait opérer une déconstruction généralisée : soit la mise en évidence de la décision philosophique qui a un moment décide du Réel, et qui n’est par conséquent plus démocratique. La tâche de la pensée consiste à cesser de croire viser le Réel, ce qui inévitablement lève l’autorité philosophique. Comment ne peut-il y avoir une autorité lorsqu’on pense avoir trouvé la clé du Réel. Il est bien évident que cet exposé ne montre malheureusement pas comment Habermas, ni même Deleuze, à leur manière sont concernés par cette manière de penser le Réel, comment à leur manière il la répète. Il faudrait d’autres interventions pour le montrer. Mais déjà on peut faire valoir l’argument suivant lequel l’identité de l’humain est d’emblée posée par les deux théories comme un mélange. Et dès qu’il y a mélange concernant le Réel en son Identité, il y a philosophie.
Qui est la machine philosophique ? Pour répondre à la question initialement posée : ce n’est plus l’humain conçu comme mélangé avec sa pensée. Il y a bien quelque chose qui machine des textes. Et cette chose peut bien exister comme une force de pensée déterminée en dernière instance.
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