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28.06.07

Permalink 06:11:06, par sylvain Email , 1906 mots, 693 vues   French (FR)
Catégories: Général

Philo-fiction : non-philosophie, Ethique de la discussion et Schizo-analyse

Voici la première partie d’un texte écrit dans un cadre universitaire.
Il concerne notre conjoncture, que nous nous apprêtons à traiter elle aussi.

Sylvain Létoffé

Philo-fiction : non-philosophie, éthique de la discussion et schizo-analyse

Dans ce travail, je voudrais tracer l’ébauche d’un traitement théorique comprenant les pensées de Deleuze/Guattari et Habermas. Il s’agit de proposer ici, plutôt qu’un schéma de leurs éventuels antagonismes, un travail de philo-fiction, thème principalement abordé et construit par François Laruelle. D’où peut-être l’esquisse d’un traitement non-philosophique des deux dispositifs contemporains ci-dessus précités. Cette philo-fiction, comme opération théorique, aurait pour but de montrer comment les théories de Deleuze/Guattari et Habermas peuvent être conjointes dans un dispositif où elles trouvent toutes deux le statut de matériau de pensée, et comme matériau, subissent un certain nombre d’opérations. Subir des opérations, ce vocabulaire peut laisser entendre que nos théories seront passablement défigurées par le traitement en cours, traitement qui peut faire penser à une déconstruction. Elles le seront peut-être, mais dans un cadre expérimental, l’évolution du matériau nous aidant à en révéler la structure. Tout laisse penser que nous approchons d’un travail de la pensée proche de la dialectique, d’où doit sortir une vérité peut-être plus aboutie que les deux positions initiales que nous prenions pour point de départ. Mais dans la visée non-philosophique qui est la nôtre, il est préférable d’avancer le terme de dualyse, plutôt que celui de dialectique. Philo-fiction et dualyse, seront les deux termes clefs de ce travail.
Pourquoi Deleuze/ Guattari et Habermas ? Nous les traiterons ensemble dans la mesure où tous deux avancent au moins un concept de l’expérience : l’expérience schizophrénique pour les uns, l’expérience communicationnelle pour l’autre. On peut déjà même entendre la possibilité théorique d’une expérience schizophrénique de la discussion. Sans entrer tout de suite dans ce cas de figure, on peut déjà dire qu’ayant traité d’une expérience, ces penseurs nous enjoignent de la faire. A cet égard, le cas de Deleuze et Guattari semble d’un premier abord plus problématique que celui d’Habermas : l’expérience schizophrénique. On rappellera ici brièvement que dans ce contexte d’idées, l’expérience en question est celle de tout processus de production, et que la visée des philosophes dits du désir consistait, notamment, à indiquer les moyens d’éviter, dans le cours de l’expérience dudit processus de production ( que nous sommes tous, pour eux), l’effondrement qu’il peut rencontrer par moment, dont le symbole est peut-être le schizophrène. Pour ce qui est d’Habermas, les risques rencontrés pour l’expérience discursive qu’il propose semblent moindre ; ils semblent moins effleurer la folie. Notre objet n’est point de comparer puis de proposer au final ce qu’il convient de choisir, l’expérience de la schizophrénie ou la discussion. Conjoindre les deux pensées, peut montrer qu’une fusion est possible. Mais la fusion n’indique pas qu’on va, à nouveau être en mesure de supplanter les deux positions initiales ; les supplanter ou les dépasser. On peut déjà tenter d’esquisser une série de textes où cette fusion est à l’œuvre, tout en se gardant de proposer une troisième position philosophique. Ce qui est en question, alors, c’est la nécessité d’expliquer les décisions qu’au terme de cette forme d’écriture nous aurons prises, pour montrer peut-être qu’à l’égard du réel, cette-fois-ci, qui n’est plus entendu de manière philosophique, c’est-à-dire décidé, la décision constitue une prétention sur (lui), et qu’à cet égard, elle constitue une illusion.
Autre fait important à noter : il est notable que les deux postures initiales sont aussi des propositions politiques. Elles sont des positions politiques dont les adversaires se connaissent, ou commencent à se connaître. Deleuze/Guattari, par certains partisans d’Habermas, se voient même endosser le qualificatif peu enviable de « néofascistes ». Quoiqu’il en soit, ici, il ne s’agit plus de défendre l’un contre l’autre, la schizo-analyse contre l’éthique de la discussion, mais de les prendre identiquement au sérieux, voire très au sérieux, pour un travail de la pensée qui à l’heure actuelle ressort pour une part encore, de la marge philosophique, celui de la philo-fiction. On dira dans un premier temps que la philo-fiction est une mise en rapport de deux pensées distinctes. Comme mise en rapport, elle, s’explique comme résultant d’une machinerie philosophique. La machine philosophique est chargée de mettre en rapport les deux théories, pour produire autre chose (thème de la schizo-analyse). Mais qui est la machine philosophique ? C’est à cette question que nous devrons répondre nécessairement, et à celle-ci nous répondrons certainement qu’il ne s’agit pas de l’Humain. Il est peut-être le nom d’un anthropoïde, d’un modèle philosophique humain qui doit avoir son corrélat dans l’éthique de la discussion, mais certainement pas de l’Identité qu’(est) l’Humain.
Une remarque importante doit ici être établie : nous présentons ici des ébauches de textes expérimentaux, et comme tels ils comportent des formulations susceptibles de n’être point reçues habituellement du point de vue d’une certaine norme. Nous expliquons en conclusion l’intérêts d’avoir utilisé ces textes dont certains contiennent des formules provocantes, et qui le moins qu’on puisse dire, font plutôt penser à des dérapages.

I. Philo-fictions.

A.1ère ESQUISSE DE PHILO-FICTION:

« Le monde vécu. Le système. L’homme. (II)
Ou comment on « déterritorialise » Habermas.
Ou variations Habermas. Mais aussi comment on « déterritorialise » Deleuze et Guattari.

Habermas : P 64 de la Théorie de l’agir communicationnel chez Fayard.

· « Nous qui appartenons à un monde vécu moderne sommes déconcertés de ne pas pouvoir ou avec insuffisamment de précision, pratiquer dans un monde interprété par le mythe certaines différenciations fondamentales pour notre compréhension du monde. »

· Simplification : Nous qui appartenons à un monde vécu moderne sommes déconcertés de ne pas pouvoir pratiquer certaines différenciations pour notre compréhension du monde.

Variations proprement dites

A· Nous qui croyons appartenir à un monde vécu moderne croyons être déconcertés de ne pas croire pouvoir pratiquer certaines différenciations pour notre compréhension du monde.

B· Nous qui ne croyons pas appartenir à un monde vécu moderne ne connaissons pas cet affect d’être déconcertés de ne pas pouvoir pratiquer certaines différenciations pour notre compréhension du Monde.

C· Encore : Nous qui croyons que le réel de l’humain c’est appartenir au monde vécu moderne croyons que ce même réel est déconcerté de ne pas croire pouvoir – que la réalité de l’homme est une croyance donc- pratiquer certaines différenciations pour notre compréhension du monde que nous croyons être le réel. En sommes nous croyant au Monde, nous nous croyons aussi coupés du concept ou du savoir, ou de la connaissance de ce Monde, que nous supposons avoir besoin pour être dans ce monde. Et c’est pourquoi nous cherchons à divulguer le sens de ce Monde. Nous pensons qu’il est utile de discuter de notre compréhension du Monde et des valeurs qui doivent y être effectives. C’est en discutant que le sens du Monde sera divulgué.

D· Nous les machines synthétiques (productrices ) désirantes ou agencements qui investissons des territoires, sommes déconcertés de ne pas pouvoir, avec suffisamment de précision, identifier les trous noirs (au cours de cette expérience du champ social) ainsi que les centres de pouvoirs qui se logent au fond (sans-fond). Cette différenciation nous permettrait de devenir.

E· Nous qui pensons que le vécu radical Humain c’est être machine désirante, pensons être déconcertés de ne pas cerner les centres de pouvoir qui affectent (pensons-nous) le radical humain. »

Commentaire de ce premier essai de fiction :

La critique qu’on pourrait immédiatement émettre à l’égard de cette esquisse, c’est le caractère quelque peu barbare du procédé. Soit d’extraire une pensée de son contexte, puis de prêter à Habermas des pensées qu’il n’a pas émises, et qu’il a pris soin d’écarter. Mais il faut entendre qu’ici, nous tentons de pratiquer la philo-fiction, quitte à opérer certaines reprises. Et cette reprise est strictement précisée comme philo-fiction. Le but, ensuite de cette sorte de « pratique » n’est pas tant de jouer avec le langage pour lui faire dire tout et n’importe quoi. Il n’est pas tant non plus de pratiquer une déconstruction textuelle, ou de faire œuvre d’un pur jeu d’écriture.
On peut déjà mettre en évidence le fait que Habermas, comme Deleuze et Guattari comprennent l’humain dans un Monde. Le Monde vécu moderne pour Habermas, et le Monde des territoires pour Deleuze et Guattari. Et que de ce fait, aux humains, ces penseurs assignent déjà des tâches spécifiques : le comprendre ou l’investir. L’Humain comme être, comme être donc mélangé au Monde, a vocation, suivant l’une ou l’autre de ces théories de faire quelque chose de précis. Son être a en quelques sortes à être guidé vers quelque activité conforme à sa nature. Deleuze et Guattari ont décidé de donner une définition large de l’humain, ce qui lui permet, à cet humain, de faire quantité de choses, d’opérer une multiplicité de synthèses. L’être Humain pour Habermas et Deleuze/ Guattari est nécessairement mixte, mélange. Il est mélangé au Monde, et ce contact au Monde doit être comme négocié par une attitude appropriée. Bref, nous pourrions peut-être leur rétorquer :

· « Nous qui ne croyons pas appartenir à un monde vécu moderne ne connaissons pas cet affect d’être déconcertés de ne pas pouvoir pratiquer certaines différenciations pour notre compréhension du Monde. Mais nous ne croyons pas plus être des machines désirantes, et ne connaissons pas plus de problèmes de détraquement.
· Nous qui pensons comme sujets (sommes) déterminés en dernière instance par le Réel, que nous ne déterminons pas à notre tour. »

Le but de cette tentative est de montrer en quoi le fait de concevoir l’Humain comme un mélange aboutit nécessairement à lui prévoir un destin dans un Monde : destin communicationnel, ou destin synthétique (pur). Cependant, se pose alors les questions de savoir « que faire de synthèse ? » et « que faire communication ? », dès lors que l’Humain-en-personne n’est plus assimilé à un mélange. Quel type de communication les sujets peuvent-ils envisager par exemple, dès lors que leur être-humain ou leur vécu radical humain (est) forclos (i.e. fermé de manière radicale à la communication).

27.06.07

Permalink 15:06:59, par sylvain Email , 126 mots, 654 vues   French (FR)
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Des Jours et des Lignes

« Si je me suis trompé, en disant : je t’aime, je préfère avoir dit : je t’aime.
On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer. »

Ph. Léotard, Pas un jour sans une ligne

« Manquer cruellement d’amour
Désirer ardemment aimer
Mais s’en révéler incapable.”


S. Lesueur, Chaque jour est une ligne



Il pleut l’humain

A mon coeur machinal, je ferais un signe en rien semblable
une allure presque traumagique
fut il écart ton sourire au départ ?
un jour de stries improblable fut il départ ton regard ?

(je) rejette la vue comme le voir,
le large et la nuit terre
rive carnée contre nuit décharnée
accomplie (cru)elle promesse

Par Etienne Brouzes, lundi 14 mai 2007.

Permalink 14:51:04, par sylvain Email , 317 mots, 834 vues   French (FR)
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Sex, Drug & Laruelle

- et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route,
moi pressé de trouver le lieu et la formule -

A. Rimbaud

[1] Nous, les non-philosophes, ne serions que de fidèles groupies ?
Nous offrant, philosophes, au Logos qui donne le Monde. Toujours en quête d’une nouvelle aventure en coulisse avec un Réel forclos, à jamais inaccessible.

[2] L’expérience en devient toxicomaniaque et la foi en ce Monde garantie de nos illusions. La ruse se tient dans le rituel où la communion des Sujets est célébrée à chaque recommencement.

[3] L’adoration sans bornes du Monde, c’est-à-dire la Philosophie, n’étouffe pas le cri (de) Solitude qui s’élève, qui sous-vient. Les spectres hantent le Désert ou Dédale comme autant de témoins fascinés sinon ensorcelés par l’effondrement cyclique de la pensée.

[4] L’Homme, pris d’effroi, habite à la limite du Monde.
Ses hallucinations se renouvellent éternellement, oscillant entre le besoin de toucher son désir et le désir d’émouvoir l’univers, au gré de sa consommation.

[5] Le désir fantasmatique de remplir la substance des objets du Monde, l’a-diction toujours différente, n’a ni début ni fin. À chaque (à) propos, chaque pulsion, chaque occasion de jouir, émerge le cri de surprise du Clandestin : « et ça recommence ! ».

[6] Ce sempiternel flirt qui ne cherche qu’à émouvoir son néant n’aura de cure, fût-ce dans la parole. Impossible de rompre l’a-diction jouissive, sauf à (se) savoir – dict (du) Joui – séparé. Ni inter-dit ni semblant : on se réjouira de ne pas seulement faire parler le symptôme.

[7] Notre eschatologie ne pourra qu’avoir la forme de la fiction, de la dérivation (du) Réel. La mise-en-je(u) radicale des perdus qui errent dans ce Monde sans être de ce Monde.

Par Etienne Brouzes, lundi 16 avril 2007.

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